L'insulte de trop
Hier, j’ai reçu l’insulte de trop.
Pas la plus violente. Pas la plus inventive non plus.
Mais celle qui, pour une raison ou une autre, ne passe pas.
Prose peu sympathique.
Je suis habituée car j’en reçois souvent. Certains jours ça glisse, d’autres non.
En retour, j’ai publié ce message en story :
Meta commence enfin à prendre en compte les signalements de profils. C’est plutôt encourageant.
Visiblement, cette personne se cache derrière plusieurs noms pour m’écrire ce type de messages. Ils seront tous bloqués.
Je publie ce message car aujourd’hui, c’est celui de trop.
Parfois ça glisse, d’autres fois non. Il suffit que je sois un peu contrariée, un peu fatiguée… et ça ne glisse plus.
En story, vous ne voyez qu’une infime partie de ma vie.
Je ne partage pas cela pour me plaindre ou susciter la pitié.
Simplement pour rappeler que je reçois ce genre de messages quasiment tous les jours.
Oui, parfois j’en ai marre d’être insultée, prise à partie, jugée en permanence.
C’est le revers de la médaille, certes. Mais cela ne me fait pas rire.
Et je ne vais certainement pas me retirer d’Instagram pour faire plaisir à quelques esprits chagrins et jaloux.
À celles qui m’écrivent gentiment pour me dire de ne pas y prêter attention — « les chiens aboient », etc. — merci. C’est adorable.
Mais je tiens aussi à montrer les coulisses, même quand elles ne sont pas très jolies.
Je ne vais pas changer ma plume.
Ni ma façon de voir les choses.
Je suis libre.
Cette liberté dérange pas mal de monde, notamment dans mon milieu professionnel — au point parfois de me valoir d’être mise au rebut.
Si cela dérange, c’est ainsi.
Je trouve d’ailleurs regrettable que beaucoup de « personnalités » d’Instagram ne montrent jamais les insultes qu’elles reçoivent.
Pourtant, tout le monde en reçoit.
Cela fait aussi partie de la réalité de cette plateforme.
Et au fond, cela en dit long sur l’état de notre société.
Une société où l’insulte facile, le jugement hâtif, l’humiliation ou la jalousie sont devenus des sports nationaux.
Moi aussi, certaines personnes m’exaspèrent.
Mais je ne leur envoie pas de messages pour souligner leurs mensonges, leur médiocrité ou autre.
Moi aussi, j’aimerais être en front row des défilés avec un micro pour parler de Chiffon.
Et écrire des éditos mode dans la presse, avoir une chronique régulière, publier enfin mon second livre.
Et pourtant, je ne vais pas déverser ma haine sur ces « fashion insiders » qui font ce boulot.
Je continue à faire comme je peux, avec mes moyens, pour vous parler de ce qui me plaît et m’anime.
Je continue à y croire et à écrire.
Le jour où j’en aurai marre… j’arrêterai.
Mais cela ne sera certainement pas sous la pression de pseudo-inconnues insultantes et très souvent méchantes.
Et je voudrais finir par une chose.
Oui, il m’arrive de râler quand on me demande des liens très précis sur ce que je porte : les marques, les références, les détails.
Pourtant, je fais de mon mieux pour répondre à tous vos messages.
J’en reçois plus d’une centaine par jour.
(Le double le week-end.)
Je les lis tous.
Et je prends le temps d’écrire lorsque certaines demandes sont précises.
Je n’hésite pas à replonger dans mes archives pour retrouver une marque, l’adresse d’un lieu ou le titre d’un livre.
Oui, je prends ce temps.
Mais je ne gagne pas ma vie avec cela.
Je le fais simplement par gentillesse.
Alors parfois, je trouve qu’on m’en demande beaucoup.
D’autant que certaines influenceuses, pourtant payées par les marques, ne prennent même pas toujours ce temps-là.
Ce qui est fou dans tout cela, c’est que ce genre de message insultant, vexant, rabaissant, humiliant ne choque plus grand monde.
Comme si nous nous étions peu à peu habitués à la violence ordinaire, la vulgarité et l’insulte.
La plupart du temps, on me dit que c’est le revers de la médaille. Je montre ma vie sur Instagram, comme si cela autorisait tout.
“C’est le jeu ma pauvre Lucette !”
« Les chiens aboient, la caravane passe. »
Mais ce n’est pas parce que l’on répète ces vieilles formules que l’insulte devrait devenir acceptable !
Il en de même avec le : “vivons heureux vivons cachés”.
Comme si, pour éviter l’insulte, il fallait simplement que je disparaisse !
Or, pour moi, disparaître est difficile. Mon métier ne me le permet pas vraiment. Dans mon secteur, aujourd’hui, on n’existe pas sans Instagram. Comment pourrais-je espérer être publiée, avoir une voix qui porte sans avoir recours à ce réseau ?
Alors oui, parfois (souvent très souvent) je me dis que je suis un peu maso de m’infliger cela : accepter d’être exposée en permanence aux jugements, aux critiques, aux commentaires sur tout et n’importe quoi, de me prendre en pleine face la jalousie de certaines mal baisées, alors que dans le fond je n’ai rien demandé !
Comme je l’ai écrit, certains jours… les insultes, les jugements, les attaques, les mauvais conseils passent. J’en ris parfois. Et certains jours non.
Certains jours sont plus difficiles que d’autres, tout simplement parce que la vie ne se résume pas à quelques images sur Instagram. Je ne montre qu’une infime partie de mes journées, de ma vie. En ce moment, comme vous le savez, ma mère est très malade et j’essaie d’être là comme je peux (et à 500 km de distance ce n’est pas tous les jours faciles). Il y a aussi ma propre leucémie avec laquelle je vis depuis des années. Mine de rien… j’ai un traitement chiant. Je suis surveillée comme le lait sur le feu. C’est vraiment lourdingue à vivre.
Et puis, il y a le travail, les projets qui n’aboutissent pas, le fait de ne pas être publiée comme je le souhaiterais, de ne pas avoir la parole pendant cette Fashion Week alors que c’est précisément mon métier de parler de mode. Parfois, j’ai l’impression d’être une autrice sans éditeur, une journaliste sans journaux une éditorialiste sans support reconnu et respecté.
J’en souffre énormément.
Si vous saviez comme tout cela me travaille et me mine. Et c’est d’autant plus dur que je ne l’exprime pas ouvertement. Je joue à la fille détachée qui s’en fiche…. mais ce n’est pas vrai dans le fond. Oui, je me suis volontairement coupée du milieu des médias, des influenceurs et de la mode… mais c’est compliqué à gérer sur le plan purement perso !
Je garde beaucoup de choses pour moi. Sur les réseaux, je râle souvent, je me mets parfois en colère, mais je montre rarement ma tristesse. Je ne suis pas quelqu’un de “lacrymal”. Parfois, j’aimerais pleurer pour évacuer tout cela, mais je ne sais pas vraiment faire.
M’avez-vous déjà vu pleurer sur Instagram ? NON.
Certaines évacuent leur tristesse, leur chagrin ou leurs soucis en pleurant. Moi non. Je serre les dents et j’avale tout. Il parait que j’ai une force de caractère.. certainement.
La dernière fois que j’ai pleuré : il y a bientôt 4 ans à la mort de Fleur Simone mon chien adoré.
Depuis, rien.
J’absorbe les mauvaises nouvelles. Je les avale, je les digère plus ou moins bien. Je serre les dents (quand j’étais beaucoup plus jeune, un dentiste m’avait fait remarquer que je grinçais certainement trop des dents, et que cela les abîmait).
Ce qui explique que certains jours… les insultes ne passent pas.
Ces jours-là, je partage ces messages odieux avec ma communauté. Je montre ces insultes gratuites que certaines (oui, ce sont TOUJOURS DES FEMMES) se permettent d’envoyer derrière un écran. Pourtant, on me dit souvent que “ce n’est pas une bonne idée”. Que “ce n’est pas bon pour mon image”. Que “cela ne fait pas rêver”. Que sur les réseaux, il faut juste montrer du beau, du léger, du désirable. Des tenues, des voyages, des moments parfaits. Bref, du rêve. Mais la réalité est parfois moins jolie. Et malheureusement, ces messages font aussi partie de cette réalité. Alors non, je ne vois pas pourquoi je devrais les cacher.
Quand je vois des influenceuses -ou personnalités- qui affirment haut et fort, ne jamais recevoir d’insultes, je dis : mon œil ! Tout le monde en reçoit. C’est la réalité des réseaux sociaux. Simplement, certaines préfèrent ne pas le montrer, parce que cela ne correspond pas à l’image lisse et parfaite que l’on attend d’elles. Elles préfèrent faire comme si cela n’existait pas. Pourtant, montrer, aussi, “les coulisses” fait partie d’une certaine forme d’honnêteté !
À force de recevoir des mots violents, je comprends que certains finissent par craquer. Les mots peuvent blesser profondément. On l’oublie trop souvent !
Alors qu’est-ce que je fais ? STOP ou ENCORE ?
Une chose est sûre : je ne vais certainement pas me retirer d’Instagram pour faire plaisir à quelques esprits chagrins et jaloux.
Comme j’ai pu le préciser en story, je continue à faire comme je peux, avec mes moyens, pour vous parler de ce qui me plaît et m’anime. Je continue à y croire et à écrire.
Et je continue à croire que, parfois, le travail finit par payer, que mon profil “soi-disant” “disruptif” finira, lui aussi, par être respecté et apprécié.
Le jour où j’en aurai marre, j’arrêterai. Mais certainement pas sous la pression de pseudo-inconnues insultantes et souvent très méchantes.
XX


Bravo. C est bien de dénoncer. La société est st devenue d une violence dingue. Les gens d une folie tout sauf douce. Je comprends vos exaspération peine et douleur
😘
Non mais surtout…
Qui sont ces gens ? Des bien pensants qui veulent la paix dans le monde mais sont les premiers à tirer des missiles d’aigreur et de méchanceté aux quatre vents ? Vous avez bien raison, cela semble très en vogue dans cette société et pourtant…
Ma chère Valérie, notre attachement à vos “colonnes” c’est sans nul doute votre pertinence mais aussi votre authenticité. Alors oui vous avez raison de montrer l’envers du décors. Oui c’est normal qu’il y ait des jours où ça ne passe pas. Car ça ne devrait d’ailleurs jamais passer. Ça ne devrait d’ailleurs jamais arriver ce genre de message.
Notre chère Carrie en discuterait autour d’un déjeuner avec ses acolytes et se récompenserait d’une paire de Jimmy Choo pour supporter tout ça. Et elle aurait bien raison…
Ne changez rien… et partagez un peu le poids du fardeau de la bêtise quand il devient un peu trop lourd.
Une communauté ça sert aussi à ça. 😉
Pour aimer le beau, il faut savoir aussi s’acquitter de temps en temps du moche.
Enzo Ferrari disait “ne soyez pas bon si vous n’êtes pas préparé à l’ingratitude”. Il avait malheureusement raison…