Inélégances
Notre monde n’est plus fait pour l’élégance… mais pour l’inélégance !
Depuis plusieurs années, j’écris sur la mode, sur les vêtements et sur le pouvoir qu’ils exercent sur nos vies. Mais derrière les étoffes, les silhouettes et les tendances, il y a une quête plus intime : définir l’élégance.
Non pas celle des podiums, des photos léchées d’Instagram ou des pages modes des magazines, mais celle d’une manière d’être dans notre société.
J’avais entamé l’écriture d’un essai que je souhaitais publier, mais face au désintérêt des éditeurs pour le sujet, j’ai finalement abandonné le projet.
Ces dernières semaines, je me surprends à penser que leur désintérêt était peut-être justifié.
Notre monde n’est pas habité par l’élégance… il est saturé d’inélégance.
Il suffit de regarder autour de nous ! Il est d’ailleurs devenu même plus facile de définir l’inélégance que l’élégance, tant elle est omniprésente dans nos vies.
L’inélégance se loge partout :
l’inélégance verbale : les gens qui parlent fort pour exister, les “insultes”, l’humiliation, les fausses promesses, la vulgarité, la grossièreté, la condescendance …
l’inélégance sociale -celle qui se rapproche le plus de l’impolitesse- : les gens qui coupent la parole, qui n’écoutent pas, qui ne savent pas poser leur téléphone en présence des autres, l’égoïsme..
l’inélégance que j’appellerais “du m’as tu vu” très en vogue sur Instagram : l’accumulation, les déballages de cadeaux, l’indécence, la mise en scène permanente, les mensonges, la manipulation des followers…
l’inélégance plus morale : les opportunistes (les socialistes nous en font une démonstration très intéressante en ce moment), le manque de loyauté, l’infidélité (amicale, amoureuse, professionnelle), les gens qui disent une chose et font l’inverse, l’absence d’éthique personnelle, la manipulation…
l’inélégance modesque : suivre aveuglément les tendances, manquer de cohérence personnelle, le “tout” logo pour en “être”, la surconsommation…
l’inélégance intérieure : les gens jaloux, ceux qui ont constamment le besoin de se comparer, qui sont incapable de se réjouir pour les autres.
l’inélégance politique et sa mise en scène permanente… (on joue au peuple plus qu’on ne le sert), la soif de pouvoir, la volonté de dominer.
l’inélégance absolue : la guerre.
l’inélégance due au manque de culture (phénomène largement amplifié par Tik Tok et consorts) : tout réduire à des opinions rapides, le refus de la nuance, la refus du dialogue constructif, rejeter ce qui nécessite un effort intellectuel, l’absence de curiosité personnelle, consommer uniquement ce que les algorithmes proposent, le zapping permanent, l’incapacité à douter, le vocabulaire réduit….
La semaine passée, j’ai été confrontée à peu près à toutes ces formes d’inélégance.
Mon dernier article en ces lieux parlait de “l’insulte de trop” cas concret d’inélégance verbale” et intérieure.
Le spectacle déplorable des élections municipales est l’illustration parfaite de l’inélégance politique, mais aussi de l’inélégance morale.
Les délires de Donald Trump et la situation dramatique au Moyen-Orient relèvent d’une profonde inélégance. Sous couvert de vouloir « sauver » les Iraniens, il semble avant tout guidé par ses intérêts personnels ( idem pour Benyamin Netanyahou).
Sur un plan plus personnel, une amie m’invite à prendre un café pour me parler d’un projet. Elle vient de racheter un magazine et souhaite, dit-elle, avoir mon avis sur le contenu.
Je l’écoute, attentive. Je me dis — naïvement sans doute — qu’elle a pensé à moi pour y écrire.
Non.
Lorsque je lui fais part de mon étonnement, sa réponse me laisse perplexe :
« Ah bon ? Tu veux réécrire pour un journal ? Je ne savais pas. »
Étonnant.
Cinq minutes plus tôt, elle vantait ma plume, me disait lire et adorer chacune de mes newsletters — dans lesquelles je n’ai jamais caché mon désir d’écrire pour la presse.
Cas typique d’inélégance morale et verbale. Pourquoi a t’elle fait cela ? par méchanceté? Je ne crois pas. Par égoïsme oui.
Hier, j’annonce à quelqu’un de proche que je repars bientôt au soleil, dans une contrée lointaine.
Sa réponse fuse :
« Encore ? Tu ne te fais pas chier. »
Cas typique d’une certaine inélégance intérieure. Celle qui ne sait pas se réjouir pour l’autre (remarque d’autant plus déplacée lorsque cette personne sait que ma vie est, en ce moment, compliquée sur un plan familial).
Mon voisin me dit hier :
« Oh dis donc… tu as à nouveau les yeux jaunes ! »
Pourtant, il sait que je prends un traitement lourd, que mon foie est fragilisé. Alors pourquoi le dire ? Par maladresse ?
Par bêtise ?
Ou sous couvert d’une fausse bienveillance ? (le pire)
Quoi qu’il en soit, c’est une inélégance.
Et je pourrais m’arrêter là.
Mais il y a aussi ce que j’ai vu — et observé — ces derniers jours dans le milieu de la mode, à l’occasion de la Fashion Week : vulgarité exacerbée, mises en scène permanentes en front row au détriment de la vraie création, mise en avant d’ego surdimensionnés. Ce monde semble avoir encore oublié l’essentiel : le vêtement et la créativité.
Voilà, en somme, un résumé de ma semaine dans ce monde terriblement inélégant.
(Et encore… je suis certaine d’en oublier). J’en ai fini par conclure, qu’à force de tout montrer, de tout dire, de tout exhiber, notre époque a peut-être simplement oublié ce qu’est …l’élégance. Mon éditeur avait raison.
XX


Je crois contrairement à votre éditeur que votre idée de livre est fort à propos .J aime l’élégance , la discrétion , la gentillesse et la politesse …
J aime les personnes sensibles et raffinées.
Nous sommes devenus ( heureusement pas tous ) une société de nombrilistes et d égoïstes .
Tenez bon chère Valérie , vous êtes l’honneur , la grâce , la joie du vêtement dans un monde vulgaire !
Mais je suis tellement d’accord ! Tout est dit dans votre texte. Je remarque chaque point que vous énumérez
tous les jours et ça me donne envie de me mettre dans ma bulle. De rester peinarde avec moi même ! C’est triste mais c’est le seul moyen de sauver le peu de moral qui nous reste face au peu de morale qui nous entoure.