Cette obsession du pardon
Depuis quelques semaines, je me retrouve face à une question : peut-on tout pardonner ?
En règle générale, je suis assez “souple” sur la chose. Je pardonne assez facilement car je pense sincèrement que l’on fait toutes et tous des erreurs dans la vie. La seule chose que je ne pardonne pas : la trahison. Pour le reste, j’oublie assez vite.
Mais comment pardonner à une mère qui a “mal aimé” ?
Mon médecin, avec laquelle je fais du “décodage” (un travail autour des blessures émotionnelles et de leur impact possible sur le corps et ma leucémie) dans le cadre de l’oncologie intégrative, me dit que pour guérir des blessures d’enfance (et de jeune adulte) il faut pardonner.
Je n’y arrive pas.
Ce type de pardon sonne comme une injonction… une énième injonction pour “bien” avancer dans la vie.. et devenir “sage”. En gros, il faudrait pardonner pour avancer, pour guérir, pour devenir une meilleure personne. Comme si le pardon était la seule issue à la souffrance.
Beau programme utopique ! Tu veux allez mieux ? Pardonne ? Aide toi et le ciel t’aidera !!
Mais…. que fait-on des blessures profondes ? Des années de solitude intérieure ? Des mots qui détruisent à petit feu et altèrent profondément la confiance en soi ?
Certaines personnes nous construisent. D’autres nous abîment.
En fait, je crois qu’il existe une immense hypocrisie autour du pardon. Comme s’il fallait absolument finir en paix avec ceux qui nous ont fait souffrir. Comme si ne pas pardonner faisait automatiquement de vous quelqu’un de mauvais.
Je ne pardonne pas donc je suis une mauvaise fille. Et une mauvais fille ne peut pas être un exemple de sagesse… C’est un peu simple. Non ?
Notre société nous impose désormais la sagesse au sens large du terme. Tu n’es pas sage ? Alors tu n’es pas une bonne personne… et tous tes malheurs deviennent presque de ta faute puisque tu n’as pas suffisamment “travaillé” sur toi. Alors fais du yoga, médite, bois du matcha… et pardonne à ta mère. Et tu vieilliras bien et mieux !
Mais comment fait-on, exactement ?
Peut-être que l’on peut simplement constater et accepter le passé. Regarder les choses avec lucidité. Accepter l’histoire sans la réécrire. Comprendre certaines failles et manquements sans excuser les dégâts.
Je crois même qu’il existe une forme de sagesse dans le fait de dire :
”Oui, ma mère m’a détruite par endroits, oui, mais finalement je m’en suis bien sortie”.
Et ne plus avoir honte de ne pas avoir eu une mère parfaite. D’ailleurs….. qu’est-ce qu’une mère parfaite ? (Si quelqu’un a le mode d’emploi je suis preneuse !).
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait absolument transformer la douleur en quelque chose de beau. Trouver du sens pour réussir à avancer dans la vie… et récupérer la confiance en moi.
Aujourd’hui, je crois surtout à la survie. J’avance malgré tout. Je n’effacerai jamais certaines choses du passé mais j’ai appris à vivre avec.
Le pardon est peut-être magnifique quand il arrive naturellement et sans obligation.
Mais le forcer ressemble parfois à une injonction de plus faite à des personnes qui ont déjà beaucoup encaissé.
Et puis je reste convaincue qu’on peut ne pas pardonner… tout en cessant de détester.
xx
PS : je me dis que le fait de l’accompagner dans ces derniers instants ne fait pas de moi une … mauvaise fille !


Je ne crois pas que le pardon soit d'abord une affaire de réconciliation avec celui ou celle qui nous a blessés.
Léonard Laskow propose une vision très différente : le pardon n'est pas quelque chose que l'on accorde à l'autre. C'est quelque chose que l'on se donne à soi-même.
Dans cette perspective, pardonner à votre mère ne signifie pas dire qu'elle a bien agi, minimiser les blessures ou réécrire l'histoire. Cela reviendrait même à nier votre propre réalité.
La vraie question devient alors :
« Puis-je me pardonner à moi-même d'avoir porté pendant si longtemps les conséquences de ce que j'ai vécu ? »
« Puis-je me pardonner d'avoir eu besoin d'être aimée par une mère qui n'en était peut-être pas capable ? »
« Puis-je me pardonner d'avoir cru, enfant, que quelque chose n'allait pas chez moi puisque je ne recevais pas l'amour dont j'avais besoin ? »
Car c'est souvent là que se cache la blessure la plus profonde.
L'enfant ne conclut pas : « Ma mère ne sait pas aimer. »
Il conclut : « Je ne mérite peut-être pas d'être aimé. »
Laskow dirait probablement que le travail n'est pas de libérer votre mère de sa responsabilité, mais de vous libérer vous-même de la condamnation intérieure que vous portez parfois depuis des décennies.
Le pardon devient alors un acte de récupération de soi.
Pas un effacement du passé.
Pas une absolution.
Pas une obligation morale.
Simplement la décision progressive de ne plus continuer à vous faire payer aujourd'hui le prix de ce qui a manqué hier.
À partir de là, il devient même possible de ne jamais pardonner certains actes tout en se pardonnant à soi-même d'en avoir souffert.
Et je crois que c'est peut-être ce que votre texte exprime déjà.
Vous ne cherchez pas à blanchir votre mère.
Vous cherchez à regarder l'histoire telle qu'elle a été.
Or la lucidité n'est pas l'opposé du pardon.
Parfois, elle en est le commencement.
Mais d'un pardon tourné vers soi-même.
Pas vers l'autre.
Ces mots … non le pardon n’est pas obligatoire, il y a des blessures que même le pardon ne peut guérir. Cependant j’ai parfois l’habitude de dire : le pardon n’est pas l’oubli . J’ai pardonné certaines choses à certaines personnes et ça m’a personnellement soulagée . Je ne sais pas si « en face » le résultat a été le même ! Parfois on semble pardonner mais je pense en ce qui me concerne que c’est plus un détachement qu’un pardon. Mais je persiste à dire que parfois non on ne peut pas pardonner et que l’on n’est pas une mauvaise personne pour autant. 😊