"C'est à la mode ça ?"
Comment naissent les tendances en 2025 ?
“C’est à la mode ça ?”
Je reçois souvent cette question en mp.
Et à chaque fois je réponds : “Qu’est-ce qu’être à la mode” ? - Oui, je sais… répondre à une question par une question n’est pas forcément très sympathique pour mon interlocuteur-. Et je rajoute “être ou ne pas être à la mode n’est pas mon souci… car ma finalité c’est d’être moi”.
Il y a des questions qui peuvent apparaitre anodines en apparence, mais qui en disent long sur ceux/celles qui la posent.
Personnellement, j’y vois plusieurs choses :
un manque de confiance en soi
la recherche d’un validation par autrui
l’art de ne pas oser
la volonté de se fondre dans le moule pour ressembler à tout le monde
Avant de vous donner mon avis sur le sujet, je vais commencer par définir “être à la mode” exercice pas si facile… (En plus, c’est terriblement subjectif car ce qui est à la mode pour toi ne le sera pas forcément pour moi et vice-versa).
Qu’est-ce qu’ ”être à la mode” ?
Si l’on s’en tient à une définition simple et classique (il suffit d’ouvrir un dictionnaire) : “être à la mode » signifie ce qui est « au goût du jour », ce qui correspond aux manières de se vêtir, se comporter, se présenter, en usage dans une société donnée” (dictionnaire de l’Académie Française).
Malheureusement, Instagram est venu bouleverser et compliquer la donne.
Aujourd’hui, être à la mode à l’ère des réseaux sociaux c’est être aligné avec l’esthétique imposé et valorisé par l’algorithme.
Algorithme qui avance à un rythme effréné ! Pas facile en effet à une époque complètement drivée par Instagram (et consorts) où les modes se succèdent à vitesse grand V de suivre.. la mode.
On suit une tendance ? Et bam, deux jours après elle est has been.
Oui, avant Instagram les tendances duraient nettement plus longtemps. Il suffit de se pencher sur l’histoire de la mode :
Jusqu’aux années 2000, on avait deux saisons : printemps/été et automne/hiver. Les magazines donnaient le tempo et il fallait six mois en moyenne pour qu’une tendance soit adoptée par le grand public.
Une tendance apparaissait sur les défilés. Elle était reprise par les magazines, puis mise en vitrine puis achetée par les clientes (les vraies clientes qui payent).
Un même style “tendance” pouvait parfois durer plus de 10 ans : le bohème des années 70 (le jean flare, le velours, les fleurs, les franges, le denim…) a duré toute la décennie. Idem pour les épaules XXL des années 80, le minimalisme des années 90….
Aujourd’hui, tout a changé.
Une tendance à la mode nait non plus sur les podiums (ou à de très rares exceptions) mais sur les feeds de quelques influenceurs devenus prescripteurs de tendances. Exit les (vrais) créateurs (les directeurs artistiques) et la presse !
EN 2025, cette dernière n’est plus du tout prescriptrice de tendances… au contraire ! Elle ne fait que suivre et relayer les tendances que l’on connait déjà sur Instagram… et qui, à publication, sont complètement has been … (d’où la lassitude du lectorat qui n’apprend plus rien dans les colonnes de leurs magazines) !
Cas pratique pour mieux illustrer mon propos :
Une marque a suffisamment d’assise financière pour rémunérer grassement deux ou trois influenceuses très en vogue et à portée internationale (Type Leandra Medine ou Blanca Miro)
L’influenceuse égérie poste plusieurs photos avec la pièce de la marque
Cette pièce va devenir hautement désirable donc rapidement sold out. Et plus elle est sold out… plus elle devient désirable et désirée !
Toutes les modeuses vont porter la pièce désirable.
La presse va relever la tendance et la relayer sur le papier.
Les marques avec un peu de flair comme Zara ou Mango vont produire des “dupes” de la pièce.
Inondation de la copie de cette pièces sur les réseaux sociaux.
Lassitude
La pièce est has been parce qu’entre temps… une autre tendance est apparue dans le feed des influenceuses prescriptrices….
Les tendances tournent très vite non pas parce que les gens s’ennuient ou se lassent mais parce que Instagram a besoin de contenu nouveau…. et puis, ces mêmes tendances meurent au moment même où elles deviennent accessibles.
Prenons l’exemple de tendances nées sur les réseaux et non plus dans la presse papier :
la jupe longue en satin vue et revue sur les “scandi girls” (les influenceuses danoises très en vogue entre 2019 et 2021). Au début, cette jupe rappelait l’esthétique des années 90 (Calvin Klein, Carolyn Kennedy et Kate Moss). Zara a repéré la tendance, puis Shein et les mastodontes de l’ultra Fast Fashion. Aujourd’hui, cette jupe lasse car “trop vue” et “revue”.
le sac Margaux de The Row. Absolument introuvable pour les clientes “lambda… aka madame tout le monde” en 2023, lancé sur des feed immaculés de perfection. Aujourd’hui, ce sac est copié par toutes les marques … et pas que dans la Fast fashion ! Et en est devenu has been.
plus récemment, les chaussures en maille de la maison Alaïa. Au départ, hautement désirables portées par toutes les influenceuses en vogue, elles ont fini par être copiées par Zara, Mango, Sezane… et sont devenues ringardes.
La mode crée.
Instagram propulse. La fast-fashion copie.
Et quand tout le monde a tout, plus personne n’en veut.
Certes, je m’éloigne un peu de mon sujet initial… mais je trouvais intéressant de creuser la chose…
Revenons à notre question initiale “c’est la mode ça “?
J’imagine que la personne qui me pose cette question sous entend que c’est surprenant car cette mode que je montre… n’est pas validée par Instagram… donc par “les autres”.
Et cette question revient à chaque fois que je porte des chaussettes dans des sandales ou slingbacks avec une jupe. Je peux vous garantir qu’à chaque fois que je poste ce type de détail… j’ai cette question. Et parfois, je reçois un flot de “c’est laid c’est moche c’est plouc c’est dépassé…” et j’en passe.
Alors, est-ce que c’est à la mode de porter des chaussettes dans les sandales ?
OUI et NON
Et surtout, JE M’EN FICHE royalement.
J’adore porter des chaussettes avec des sandales car c’est aussi cool que … ringard. C’est le genre de style qui fait '“parler”. À l’instar des pantalons corsaires, des kilts en tartan, des salopettes, des Crocs, des UGG, des tongs, du legging.
Eh bien moi je vais vous dire une chose, tout ceci en dit long sur notre époque !
Notre époque est obsédée par le regard des autres. Un vêtement qui dérange révèle à quel point nous vivons dans une société fondée sur l’apparence, la validation sociale, la peur d’être jugé et la pression de l’autre.
Beaucoup de femmes refusent ce genre de vêtements par peur d’être jugées “hors normes”.
Mais “hors normes” par Qui ? et Pourquoi ?
Le “bon goût”
Une femme m’a écrit pas plus tard qu’hier pour me dire que “parfois, mes styles ne sont de bon goût (en me comparant à Ines de la Fressange)”. Je lui ai gentiment répondu que “ce n’est peut être pas de son goût mais que c’est du mien” …
En me comparant à Inès de la Fressange…. preuve qu’elle rêve encore d’une mode parfaitement repassée, très droite, très sage, très certifiée… conforme.
Ah la brigade du bon goût sur Instagram aka la Fashion Police !!! Instagram en a fabriqué des bataillons ! Des Fashion Police en civil toujours prêtes à distribuer des contraventions esthétiques,à coller des amendes pour “pantacourt non conforme”,
à verbaliser une couleur jugée “moche”, à sanctionner un volume trop large ou une idée trop personnelle.
Le bon goût, pour elles, c’est un uniforme.
Le mien, c’est une liberté.
Alors pour moi, porter des chaussettes dans des sandales, des vêtements à plumes et en sequins en pleine journée, des tongs ou des kilts… c’est une liberté d’être et de ne surtout pas tenir compte du regard des autres.
Etre à la mode ou pas je m’en fiche. L’essentiel c’est d’être en adéquation avec … ma personne ! La Fashion Police n’aime pas ça.
Elle préfère les gens dans les clous, dans des silhouettes qui ne débordent pas, dans des goûts qui ne dérangent pas.
Moi, j’aime les gens qui débordent, qui osent se détacher, qui osent tout simplement.
Même si” fashion faux pas” il y a, on s’en fiche !
Oui, il y a des tendances. Moi aussi je cède à la tentation… mais je m’en lasse très vite ! Pour preuve mes chaussures Alaïa.. je ne peux plus les voir en peinture.
En 2026, j’aimerais arrêter de courir définitivement après les tendances.
Je veux revenir à des basiques intemporels, des pièces dont je ne me lasserai pas dans trois semaines, et qui ne dépendent pas de l’humeur d’Instagram.
En ce moment, un it bag me fait de l’œil : le D Journey de Dior.
Mais plutôt que de céder à l’effet “sac du moment”, je préfère choisir un modèle Dior qui me plaît vraiment (le Seau que personne ne porte), dans cette toile Jacquard marine que j’adore — pas celui que l’algorithme a décidé de mettre en lumière.
En 2026, j’ai envie d’acheter moins, mais mieux (j’avais déjà commencé à le faire cette année).
Des pièces qui durent.
Des pièces pour moi, pas pour le feed.
Des pièces surtout pour moi… pour m’amuser !
Car oui, ne l’oublions pas… la mode est un jeu !!
XX


Je n’oublierai jamais cette citation de Karl Lagerfeld: »ce qui est à la mode…c’est déjà démodé « ….une chose à mon sens est indémodable :le Style!!!!…et ça l’IA et ses algorithmes ne peuvent vous le donner…c’est inné et sans prix…vous faites partie de celles et ceux qui en ont…mais là il faut un œil intelligent pour le comprendre et ce n’est pas donné à tous les influenceurs et leurs « fashion moutons »😉
La mode c est facile , il suffit de copier …le style c’est plus difficile parce que ça reflète qui ont est! Merci Valérie pour votre éclairage.